Smart Man
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QUAND DES PHILOSOPHES OU DES SCIENTIFIQUES VEULENT ILLUSTRER LE CARACTÈRE INDISCUTABLE D’UNE CHOSE OU D’UN FAIT, IL EST FRÉQUENT QU’ILS INVOQUENT TELLE OU TELLE MONTAGNE. 🏔️ IL FAUT CROIRE QUE LES VOLUMES ET LES MATÉRIAUX EN JEU CONSTITUENT DE SOLIDES ARGUMENTS. ET POURTANT, UN RAPIDE TOUR D’HORIZON DES CONNAISSANCES A DE QUOI ÉBRANLER LA CONFIANCE. CERTES, LA PLUPART DES LANGUES SE SONT DOTÉES D’UN TERME QUI PEUT S’APPARENTER À L’IDÉE QUE L’ON SE FAIT DE LA MONTAGNE EN FRANÇAIS. MAIS QUELLE EST CETTE IDÉE ? N'Y EN A-T-IL VRAIMENT QU’UNE SEULE ? Traditionnellement le terme désigne la partie supérieure d’un contraste topographique, avec l’idée associée qu’on y trouve des êtres et des choses particuliers – des animaux, des ressources (la forêt, les pâturages d’altitude), des manifestations du sacré ou du diabolique, des « montagnards », etc. Pas besoin que le lieu soit bien haut ; le contraste suffit. Le constat vaut, dans ses grandes lignes, dans beaucoup d’autres langues et beaucoup d’autres sociétés de par le monde. En Occident, on en a gardé le souvenir dans la toponymie, au cœur des villes comme la Montagne Saint-Geneviève à Paris, le Mont-Royal appelé familièrement « la Montagne » à Montréal, ou à l’horizon (ex. la Montagne de Reims, la Montagne bourguignonne). Le terme a reçu une acception bien différente de la part des naturalistes et des philosophes de l’époque moderne. Avec les savants, la montagne est devenue un objet à part entière, que l’on mesure, que l’on cartographie, dont on détaille l’anatomie et la genèse au service de « théories de la Terre » ; avec les philosophes, elle est devenue une figure familière de l’histoire universelle et une entité morale. On pourrait y voir une manifestation de ce « désenchantement » du monde qu’on a associé à la modernité occidentale. Mais ce serait omettre que beaucoup de savants et de philosophes ont témoigné de la fascination qu’exerçaient sur eux les montagnes qu’ils étudiaient ; ce serait aussi omettre les liens étroits qu’ils ont noués avec des peintres et des romanciers, eux aussi friands de paysages et de types montagnards. En Occident, la fascination pour les montagnes a été telle qu’on en a fait l’incarnation privilégiée de l’idée de nature, et même « la plus naturelle des natures » pendant longtemps. Dès lors, avec la Révolution industrielle, elle est devenue le terrain privilégié dans lequel le génie humain, celui des ingénieurs, trouvait à s’exprimer. Tunnels, encorbellements, téléphériques, conduites forcées, etc. : des générations d’ouvrages d’art ont autant servi à désenclaver et à exploiter les ressources qu’à faire la preuve de la toute-puissance de la technique. Toutefois, cet imaginaire prométhéen a toujours côtoyé son symétrique : un imaginaire de l’immersion dans les éléments naturels, très vif chez les Romantiques, mais aussi chez les artistes parmi lesquels on compte les premiers défenseurs de la nature. Aujourd’hui, toutes ces déclinaisons de l’idée de montagne subsistent et se déclinent différemment à travers le monde. En Occident, où la pression humaine est particulièrement forte, cohabitent les formes d’extraction les plus radicales (forêts coupées à blanc, arasement des sommets pour extraire du charbon), les infrastructures de tous les records (tunnels immenses, barrages), les concentrations touristiques les plus importantes, mais aussi les espaces naturels les mieux protégés, même si le changement global n’a que faire des mesures de protection. Dans les interstices – Cévennes, Ariège, Apennins, etc. - se sont aussi épanouies des formes de vie sociale alternative.
